Je ressens une lueur de joie chaque fois que je vois un homme porter un collier de perles de rudraksha. petite, ou encore un tatouage « Om » sur une femme, ici, dans les rues de Prague.
Quand je me suis installée ici, je m'attendais à la curiosité polie habituelle à propos de l'Inde : notre cuisine, les lieux à visiter, les mariages. Ce à quoi je ne m'attendais pas, c'était le nombre de personnes qui voudraient me parler de notre mode de vie : l'ayurvéda, le yoga, la spiritualité, ainsi que les philosophies hindoue et bouddhiste. On trouve des studios de yoga à chaque coin de rue, bâtonnets d'encens sont vendus dans des boutiques au style rustique et bohème, et les gens pratiquent le pranayama le matin.
Mais tout cela n'a en réalité rien à voir avec l'Inde. Il s'agit en fait de trois choses :
- L'épuisement. Sur le plan mental et physique, et ce sentiment de plus en plus fort qu’il doit exister une autre façon de vivre.
- Développement personnel qui se tourne vers l'Est et se demande ce qu'il faut supprimer plutôt que ce qu'il faut ajouter.
- Balance planétaire, obtenu grâce à des pratiques respectueuses de l'environnement, non extractives et ancestrales, qui ont été mises de côté dans notre course vers le développement industriel et technologique.
1Nous sommes épuisés et avons besoin d'un autre mode de vie
La vie moderne a apporté à l'humanité des choses extraordinaires. Mais, au fil du temps, nous sommes devenus très doués pour façonner le monde qui nous entoure, tout en perdant peu à peu le sens de la manière de prendre soin de notre monde intérieur.
Si l’Ayurveda, le yoga, l’hindouisme et d’autres philosophies orientales trouvent un tel écho en pleine crise de santé mentale, c’est parce que le burn-out a des causes structurelles. L’Europe a bâti un niveau de vie exceptionnel sur une culture du travail qui laisse très peu de place au système nerveux, et les gens s’en rendent compte.
La médecine occidentale, aussi brillante soit-elle, a tendance à considérer l'esprit comme un organe susceptible de présenter des dysfonctionnements. L'Ayurveda n'a jamais dissocié l'esprit du corps, le corps de la saison, la saison de l'alimentation, ni aucun de ces éléments de votre mode de vie.
Ces pratiques spirituelles reposent sur des fondements scientifiques. Mais il s'agit d'une science du comportement mêlée à une plus belle poésie de la vie et de la terre. De l'huile sur le cuir chevelu, des repas chauds, s'endormir et se lever au rythme de la lumière, des épices dans les plats, le silence pendant la première heure de la journée. Un psychologue appellerait cela « l'hygiène du sommeil », la « régulation circadienne » et « l'apaisement somatique ».
Ma mère appelle ça la routine quotidienne.
Les asanas de yoga constituent une préparation. C'est un moyen d'apaiser le corps et de le rendre suffisamment souple pour que l'esprit puisse s'y installer sans difficulté.
2Le développement personnel ne signifie pas toujours devenir plus
La culture moderne nous enseigne souvent que l'épanouissement personnel passe par l'accumulation : davantage de connaissances, de diplômes, de richesse, d'expériences, de réussites, d'abonnés… La liste est sans fin. Les anciennes philosophies orientales peuvent nous poser une question tout à fait différente : et si l'épanouissement passait parfois par le lâcher-prise ?
- Du bruit inutile et une stimulation constante.
- Le besoin de prouver notre existence.
- Des habitudes qui nous coupent de notre corps, des autres et de la nature.
Le yoga, la méditation, l'Ayurveda et les traditions bouddhistes présentent une immense diversité et ne peuvent être simplement regroupés sous une seule et même catégorie intitulée « sagesse orientale ». Pourtant, bon nombre d'entre eux partagent un intérêt commun pour la pleine conscience, l'équilibre, la discipline, la compassion et la relation entre notre vie intérieure et le monde qui nous entoure.
C'est peut-être pour cela qu'elles trouvent un tel écho aujourd'hui. Elles nous invitent à prendre davantage conscience de la personne que nous sommes déjà, plutôt que de nous promettre une meilleure version de cette personne. Et cela peut représenter une forme de développement personnel très différente.
3L'équilibre spirituel, c'est aussi l'équilibre planétaire
En fin de compte, notre bien-être ne peut être dissocié de celui de la planète. Nous pouvons méditer dans de belles pièces, pratiquer le yoga tous les matins et remplir nos maisons d’aliments et de parfums ayurvédiques apaisants. Mais si notre mode de vie repose sur une exploitation sans fin, une consommation sans fin et un gaspillage sans fin, quelque chose reste en déséquilibre.
De nombreuses sociétés traditionnelles avaient compris une chose que la civilisation industrielle a souvent eu du mal à garder à l'esprit.
Nous ne sommes pas séparés de la nature. Nous sommes la nature.
Partout en Inde et ailleurs, des générations ont mis au point des modes de vie s’appuyant sur les plantes, les fibres naturelles, les herbes, les huiles, le bois et l’argile, étroitement liés aux environnements locaux et aux rythmes saisonniers. Rien de tout cela ne demande grand-chose à la terre :
- Un récipient en cuivre qui dure trois générations.
- Huile de sésame obtenue par pressage des graines.
- Tissu tissé sur un métier à tisser artisanal, suffisamment résistant pour être transmis de mère en fille.
- Le neem, le curcuma et le tulsi, cultivés dans des jardins plutôt que dans des usines.
Ces pratiques n’ont jamais été conçues pour être isolées, transposées à plus grande échelle ou abandonnées, car elles découlaient d’une façon de penser dans laquelle l’individu, le foyer, les champs et les saisons formaient un système continu.
Nous avons mis cette réflexion de côté pendant deux siècles, convaincus que c'était la voie la plus lente. Il s'avère que c'était simplement la voie que l'on pouvait emprunter indéfiniment. Bien sûr, il ne faut pas idéaliser le passé : les modes de vie anciens n'étaient pas automatiquement durables, parfaits ou universellement applicables. Mais il y a là une sagesse qui mérite d'être redécouverte.
Construire un pont, pas un magasin
Je vends des produits ayurvédiques, vêtements de méditation tissés à la main, ainsi que les petits objets qui rendent cette pratique possible. J'ai entrepris ce travail parce que j'ai vu des gens ici, en Europe, se tourner vers des traditions que ma famille, ma culture et les générations qui m'ont précédée avaient perpétuées avec respect depuis très longtemps. Ils cherchaient à établir une relation plus sereine avec leur corps, leur esprit et le monde qui les entoure.
Et souvent, ce qu’ils découvraient en premier, c’était la version la plus tapageuse et la moins chère de cet objet. Un objet produit en série, dépouillé de son histoire, de ses origines et de son ancrage géographique. Quelque chose présenté comme exotique, alors qu’il aurait pu être présenté simplement comme un objet humain.
Je souhaite proposer des produits conçus avec un peu plus de soin, sans réduire la culture indienne à un simple déguisement ou à une esthétique marketing. Des objets fabriqués par des personnes, plutôt que conçus pour donner l’impression d’être faits main. Des matières naturelles utilisées là où elles ont véritablement leur place. Des traditions de tissage à la main considérées comme des métiers d’art vivants plutôt que comme des tendances décoratives. Des produits ayurvédiques abordés dans le respect de la tradition qui les sous-tend.
Peut-être que ce que je crée réellement va au-delà d’une simple boutique. C’est un petit pont entre deux mondes. Entre l’Inde que je connais personnellement et une Europe qui se pose de nouvelles questions. Entre les savoirs ancestraux et la vie moderne. Entre la consommation et le choix conscient.
Si quelqu’un m’achète un châle de méditation et que celui-ci lui permet simplement de se sentir à l’aise lorsqu’il est assis en silence, cela me suffit déjà. Si un produit ayurvédique l’incite à envisager sa routine quotidienne sous un autre angle, c’est formidable.
Espérons que cet objet devienne une invitation : à ralentir, à apprendre, à observer, à s'exercer, et peut-être, à terme, à avoir besoin de moins de choses plutôt que de plus.
Le plus beau, c’est que l’Europe se tourne déjà vers ces anciennes traditions dans sa quête d’un mode de vie plus sain, plus serein et plus conscient. Elle n’adopte pas les pratiques orientales comme une simple importation esthétique. Elle montre la voie en redécouvrant un art de vivre que notre propre course au progrès nous avait fait perdre de vue.
Et je suis tellement ravie de faire partie de cette histoire.